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Les députés russes, en visite à Tallinn, enveniment la crise russo-estonienne

Les députés russes, en visite en Estonie, ont jeté mardi de l'huile sur le feu dans la crise russo-estonienne, en soupçonnant les autorités estoniennes d'avoir infligé des "tortures" à des manifestants interpellés lors des émeutes après le déplacement du centre de Tallinn d'un monument soviétique.

01/05/2007  - TALLINN (AFP)

Les députés de la Douma (chambre basse du parlement russe), dont les pourparlers avec des parlementaires estoniens lundi n'avaient pas permis de trouver de terrain d'entente, ont sillonné mardi matin une zone d'entrepôts du port de Tallinn à la recherche de preuves de "tortures".

"Plusieurs ONG et journalistes nous ont dit qu'ici, sur ces lieux, beaucoup de gens avaient subi d'horribles tortures après les événements des 27 et 28 avril", a déclaré à l'AFP Léonide Sloutski, chef adjoint de la commission des Affaire étrangères de la Douma.

"Ce n'est pas difficile à imaginer, puisque 1.200 personnes ont été détenues et entassées ici, dans ce bâtiment. C'est inacceptable pour un pays membre du Conseil de l'Europe", a-t-il dit.

Les émeutes opposant des membres de la minorité russe d'Estonie à la police avaient éclaté dans la nuit de jeudi à vendredi, au moment du déplacement d'un monument aux soldats soviétiques qui se dressait en plein centre de Tallinn. Les émeutes ont fait un mort et plus de 150 blessés, et plus de 1.000 personnes ont été interpellées.

Le monument, une statue en bronze haute de 2,5 mètres et représentant un soldat de l'Armée soviétique, a été réinstallé lundi dans un cimetière militaire de Tallinn, alors que les travaux d'excavation sur son ancien emplacement ont permis de découvrir une douzaine de cercueils de soldats enterrés sous le monument pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le chef de la Commission aux vétérans de guerre à la Douma, Nikolaï Kovalev, qui conduit la délégation russe à Tallinn, a qualifié l'usage du matériel lourd pour déterrer les cercueils d'"offense à la mémoire" des soldats.

Les députés russes ont visité mardi matin le nouvel emplacement du monument au cimetière militaire. Ils y ont déposé des gerbes et allumé des bougies.

Pour Moscou et pour la minorité russe d'Estonie, qui représente un quart de la population de ce pays balte de 1,34 million d'habitants, le monument symbolise la victoire sur le nazisme pendant la Seconde Guerre mondiale.

Pour la plupart des Estoniens, c'est surtout un rappel douloureux de près de 50 ans d'occupation soviétique du pays, redevenu indépendant en 1991 avant d'intégrer l'Union européenne et l'OTAN en 2004.

La Russie a déjà évoqué la possibilité de rompre ses relations avec l'Estonie et le maire de Moscou Iouri Loujkov a appelé mardi à "boycotter" ce pays balte qui a montré "son visage fasciste".

"Il faut dire aux hommes d'affaires: cessez tout contact avec l'Estonie. Elle nous a montré son visage le plus négatif, on peut même dire fasciste", a déclaré M. Loujkov cité par l'agence Interfax.

Une centaine de jeunes des organisations pro-Kremlin Molodaïa Gvardia (Jeune garde) et Nachi (Les Nôtres) manifestent depuis la semaine dernière devant l'ambassade d'Estonie à Moscou et bloquent son accès pour protester contre le déplacement du monument.

Le chef de la diplomatie estonienne Urmas Paet a annoncé mardi, après un entretien avec son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier, que l'UE aiderait l'Estonie à obtenir la levée du blocage de son ambassade.

"Le ministre allemand des Affaires étrangères a promis une assistance rapide de l'UE pour normaliser la situation autour de l'ambassade d'Estonie à Moscou", a déclaré M. Paet à l'issue d'une conversation téléphonique avec M. Steinmeier dont le pays assume la présidence tournante de l'UE.

Selon Tallinn, les autorités russes ne font rien pour assurer la sécurité de l'ambassade d'Estonie et de son personnel.